Publié le 23 février 2026 par Fatia
Bicarbonate de soude au jardin, vous en avez sûrement entendu parler. On le retrouve partout sur les blogs, les forums, les groupes Facebook de jardinage. Certains en font un remède miracle, d’autres le balaient d’un revers de main.
Ce petit pot blanc que vous avez probablement déjà dans votre cuisine mérite qu’on s’y attarde sérieusement. Parce qu’utilisé au bon moment, de la bonne façon, il peut vraiment changer la donne face aux maladies fongiques et à quelques autres problèmes du quotidien au potager. Mais utilisé n’importe comment, il ne sert pas à grand-chose, voire pire.
Alors aujourd’hui, on fait le tour de la question : ce que le bicarbonate fait vraiment, comment l’utiliser efficacement, et où s’arrêtent ses limites.

Ce que fait vraiment le bicarbonate de soude
Le bicarbonate de soude, ou hydrogénocarbonate de sodium pour les amateurs de chimie, agit principalement en modifiant le pH à la surface des feuilles. En rendant ce milieu légèrement alcalin, il freine le développement de nombreux champignons microscopiques responsables des maladies fongiques les plus courantes au potager.
Concrètement, ce qu’il combat bien :
L’oïdium, cette poudre blanche qui s’installe sur les courges, les courgettes, les concombres ou encore les rosiers en période chaude et humide. C’est là que le bicarbonate donne ses meilleurs résultats. Une application préventive en juillet et août peut vraiment faire la différence.
La tavelure sur les arbres fruitiers, notamment les pommiers et les poiriers, se développe au printemps dans des conditions humides. Le bicarbonate ralentit efficacement sa progression, même s’il ne remplace pas une bonne taille aérée.
La pourriture grise (Botrytis) sur les tomates et les fraisiers bénéficie également d’un traitement au bicarbonate, surtout si on intervient dès les premiers signes.
Ce qu’il ne fait pas, en revanche : il ne guérit pas une maladie déjà bien installée. Comme beaucoup de solutions naturelles, il est bien plus efficace en prévention qu’en traitement curatif. Une feuille déjà couverte d’oïdium ne retrouvera pas sa fraîcheur d’origine. On intervient pour stopper la progression, pas pour effacer les dégâts.
Comment l’utiliser efficacement
La recette de base est simple : une cuillère à café de bicarbonate pour un litre d’eau. On peut ajouter quelques gouttes de savon noir liquide pour améliorer l’adhérence sur les feuilles, sans ça, la préparation glisse et l’efficacité chute.
Quelques points importants à garder en tête :
L’huile végétale en renfort. Une variante plus « accrochante » consiste à mélanger une cuillère à café de bicarbonate, une cuillère à soupe d’huile végétale et quelques gouttes de savon noir dans un litre d’eau. Ce mélange tient mieux sur les feuilles, surtout après une pluie légère.
Le moment de l’application. On pulvérise le matin de préférence, jamais en plein soleil, le risque de brûlure sur les feuilles mouillées est réel. Le soir peut convenir, mais les feuilles restent humides toute la nuit, ce qui peut favoriser d’autres problèmes.
La fréquence. En préventif, tous les dix à quinze jours suffisent. En curatif, on peut aller jusqu’à deux fois par semaine pendant deux à trois semaines.
La bonne concentration, pas plus. C’est un piège dans lequel je suis tombé au début : croire qu’en forçant la dose on obtient de meilleurs résultats. Une concentration trop élevée (plus de 1,5 %) brûle les feuilles et fait plus de mal que de bien. Restons mesurés.

Autres usages méconnus au jardin
Le bicarbonate ne se limite pas aux maladies fongiques. Voici d’autres applications qui ont fait leurs preuves dans mon jardin :
Répulsif contre certains insectes : saupoudré autour des plants de choux, il peut décourager les limaces et certains petits ravageurs. L’efficacité reste partielle et dépend beaucoup de la météo (une pluie efface tout), mais ça vaut la tentative.
Amélioration de la saveur des tomates : voilà un usage surprenant que beaucoup ignorent. Saupoudrer une petite quantité de bicarbonate autour du pied des tomates (pas sur les feuilles, directement au sol) réduirait l’acidité des fruits. Je l’ai testé sur mes Cœur de bœuf l’an dernier : difficile d’affirmer que c’est uniquement le bicarbonate qui a joué, mais les fruits étaient particulièrement doux. À tenter sans excès.
Nettoyage des outils : moins glamour mais très pratique : une pâte de bicarbonate et d’eau nettoie et désinfecte les lames des sécateurs et autres outils de coupe. Un réflexe simple pour éviter de propager des maladies d’un plant à l’autre.
Désherbage ciblé : saupoudré pur entre les dalles d’un chemin, il fait disparaître les petites herbes indésirables. À utiliser avec précaution car il peut altérer la vie microbienne du sol s’il est épandu en grande quantité.
Précautions et limites
Le bicarbonate est naturel, mais « naturel » ne veut pas dire « sans conséquences ». Utilisé en excès, il peut modifier le pH du sol et perturber l’activité des micro-organismes bénéfiques, ces alliés invisibles sur lesquels repose tout l’équilibre d’un jardin vivant.
La règle d’or : on pulvérise sur les parties aériennes des plantes, on évite d’arroser le sol avec la préparation, et on ne dépasse jamais les doses recommandées. En respectant ces quelques points, on profite des bienfaits sans risquer de déséquilibrer ce qu’on a mis des années à construire.

Questions sur le bicarbonate au jardin
Le bicarbonate est-il homologué en agriculture biologique ? Oui, le bicarbonate de soude est autorisé en agriculture biologique dans l’Union européenne (règlement CE 834/2007). C’est l’une des rares substances à la fois économiques et certifiées bio.
Peut-on utiliser le bicarbonate sur toutes les plantes ? Dans l’ensemble oui, mais certaines plantes sensibles peuvent mal réagir. Il est conseillé de faire un test sur quelques feuilles avant de traiter l’ensemble d’un plant, surtout pour les espèces délicates comme les fougères ou les plantes à feuilles très fines.
Peut-on combiner le bicarbonate avec d’autres traitements naturels ? Oui, mais pas n’importe comment. Le bicarbonate se marie bien avec le savon noir et l’huile végétale. En revanche, on évite de le mélanger avec le vinaigre (la réaction annule l’effet des deux) ou le purin d’ortie (qui est acide).
À quelle fréquence peut-on traiter sans risque pour le sol ? Tant qu’on pulvérise sur les feuilles et non sur le sol, le risque est très limité. Pour les applications au sol (répulsif, désherbage), on reste raisonnable : une à deux fois par saison maximum sur une même zone.
Le bicarbonate remplace-t-il la bouillie bordelaise ? Pas exactement. La bouillie bordelaise est plus puissante, notamment contre le mildiou de la tomate. Le bicarbonate est une alternative douce, idéale en préventif ou pour des attaques légères. Pour des situations sévères, il peut se révéler insuffisant.
Où acheter du bicarbonate adapté au jardin ? Le bicarbonate alimentaire vendu en supermarché convient parfaitement, inutile d’acheter des versions « spécial jardin » souvent plus chères pour les mêmes résultats. Un kilo coûte moins de deux euros et dure toute une saison.
Ce petit pot blanc, discret et peu coûteux, a vraiment changé ma façon d’aborder la santé de mes plants. Sans en faire une solution miracle, il mérite clairement sa place dans l’appentis de tout jardinier qui cherche à jardiner autrement.
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